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POURVU QU'ON AIT LIVRESQUE

In Bordeaux veritas

« Gueuse »,… « Bordeaux »,… aucun doute, ce livre semblait fait pour nous !
Et en effet, l’ouvrage contient tous les ingrédients d’une bonne distillation : des ferments à gogo, une spirale infernale. Mais, au final, un produit frelaté : l’armistice.

Le procédé

Mettez dans un chaudron :

1. Une extrême-droite qui ne pardonne pas à ladite Gueuse de s’être occupé de social plutôt que de réarmement (en particulier, bien sûr, le gouvernement de Léon Blum) ;
2. Les communistes qui, depuis le pacte germano-soviétique, font l’apologie du nazisme* (Maurice Thorez avait appelé depuis Moscou à la fraternisation avec les soldats de la Wehrmacht). Ils se font discrets car leurs 62 députés et sénateurs ont été déchus de leur mandat le 21 janvier 1940 ;
3. La flotte française, 4è du monde, entre les mains de l’amiral Darlan qui doit décider si les unités
• doivent poursuivre le combat en Afrique et donc affaiblir les Allemands en les forçant à ouvrir un nouveau front méditerranéen,
• rejoindre les Anglais et ainsi leur permettre de vaincre les Nazis
• se mettre au service des nazis, ce qui, même dans le climat délétère de ces trois jours, serait quand même un peu gros
4. Le maréchal Pétain, qui depuis 1918 a siégé plusieurs fois au gouvernement à la Défense, établissant la stratégie maginesque que l’on sait, et qui semble trouver dans la défaite de la France le créneau qu’il attendait pour prendre le pouvoir ;
5. Le gouvernement de la Gueuse (nom donnée par Charles Maurras à cette république qui a permis aux socialo-communistes d’être au pouvoir) dirigé par Paul Reynaud (président du Conseil) et Albert Lebrun (président de la République), défendant bec et ongles la légitimité de la république ;
6. Les forces anti-juives dont le ministre de l’Intérieur Georges Mendel sera la première victime dès le 17 juin au soir, dans le restaurant Le Chapon, dont tous les clients – qui la veille étaient ses obligés – plongent le nez dans leur assiette. Dans cette lignée, le 21 juin, Laval indiquera que « des mesures contre les juifs fourniront des gages de notre sincère désir d’entente ».
7. Les représentants de Churchill, particulièrement inquiets au sujet de la flotte française ;
8. L’ambassadeur d’Espagne, véritable messagerie directe entre le Maréchal et Hitler ;
9. Le général de Gaulle ;
10. Le consul général du Portugal.

S'engouffrer dans le créneau de la défaite

Ajoutez une pincée de levure pour bien faire lever tous ces ferments : le 13 juin à Tours, au moment de l’entrevue entre Paul Reynaud et Winston Churchill, Pétain a déclaré unilatéralement qu’il réprouverait toute idée de résistance : « L’armistice est la condition nécessaire de la pérennité de la France éternelle ».

Agitez

Agitez tous ces ingrédients les 15, 16 et 17 juin 1940 à Bordeaux (où s’est réfugié le gouvernement devant la progression des forces ennemies) et vous obtenez la tragédie la plus passionnante, la plus incroyable, et, malheureusement, la plus authentique du siècle. Mais à quoi servent romanciers et tragédiens ? Il suffit à un historien de retracer un événement de cette ampleur pour enivrer un lecteur aussi sûrement qu’avec un flacon de Shakespeare.

Unité de temps, de lieu et... d'action

D’ailleurs, tous les ingrédients sont réunis.
L’unité de lieu est parfaitement respectée : dans cet étonnant caravansérail, la cohue est indescriptible. « Cette ville au décor si majestueux semblait tarée par un air de racaille et de ripaille » (Léon Blum). Hôtels combles, cafés bondés, rues engorgées, véhicules surchargés, restaurants dévalisés, consulats pris d’assaut. Chaque bâtiment public abrite un projet ou un complot et Bordeaux se meut en bouilloire d’intrigues. C’est le maire qui, décidant de l’installation des uns et des autres, pré-orchestre les complots. Plus un ministre est excentré, moindres sont ses chances de faire aboutir ses plans ! Sur les 932 députés et sénateurs, seuls une centaine ont rallié Bordeaux.

Dès le 18 juin, annoncer la couleur

L’unité de temps parle d’elle-même. Dès le 16 juin, les Anglais, terrifiés à l’idée que la flotte française tombât aux mains des Allemands, proposent via De Gaulle une Union franco-britannique. Démoralisé, Reynaud défend ce projet « comme un avocat plaidant une cause perdue d’avance et pour laquelle on lui a promis de honoraires insuffisants ». Le 17 juin, Pétain constitue un cabinet dont le tiers est d’origine militaire et prépare, non seulement l’armistice, mais la « paix », ce qui marque déjà l’esprit collaboratif du Maréchal, qui s’auto-porte au pouvoir grâce à cette situation.

« il accepte ce désastre comme pavois de son élévation »

D’ailleurs, les 400 pilotes allemands** prisonniers des Français seront dès le 18 juin rendus à l’Allemagne et pourront ainsi pilonner à nouveau le Royaume-Uni, d’où cette constatation amère de Churchill « il nous faudra les abattre une seconde fois ».

400 pilotes ennemis sont rendus à l'Allemagne dès le 18 juin

Lorsque à 12h 30, sur Radio-Lafayette, Pétain déclare « il faut cesser le combat », il désarme, sans mandat ni négociation, toute l’armée française, ce qui entraînera la capture immédiate de plus d’un million de soldats qui se morfondront pendant quatre longues années en Silésie ou en Poméranie. Pour De Gaulle, « il accepte ce désastre comme pavois de son élévation ».
Et point n’est besoin d’Antigone pour illustrer l’antinomie entre les décrets du pouvoir et les lois de la morale : le 17, le consul du Portugal Aristide de Sousa Mendes décidait de délivrer tous les visas que sa main pouvait physiquement signer, au prix de sa carrière diplomatique. Par ces actes illégaux, l’héroïque Mendes faisait, lui, véritablement « don de sa personne à la France ».

Quatorze ans pour écrire ce livre, on le croit aisément. La documentation est immense. Notre chronique ne peut évidemment refléter l’ampleur de la tâche. Bien que la fin soit connue, le suspense y est permanent. Et les noms évoqués, quel que soit leur bord, restent des têtes d’affiches : Papon, Prouvost, Jeanneney,...

Jean-Pierre JUMEZ

  • * Paris était recouverte d'affiches du PC clamant des messages du genre "ne faisons pas la guerre à nos camarades socialistes allemands"
  • **1200 pilotes allemands avaient été formés en URSS (à Lipetzk) jusque 1933, puis en Oural au moment du Pacte Germano-Soviétique - à noter pour l'anecdote que, du fait de cet entraînement chez les Camarades, la précision des bombardements fut très approximative, alors qu'hélas, celle des Alliés fut ultérieurement dévastatrice...


Gérard Boulanger – A mort la Gueuse !Calmann-Lévy – 20,90 euros en France métropolitaine.

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