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Le style, c'est le vin

Réédition d’un chef d’œuvre dont l’objet est, hélas, d’une cruelle actualité.
Mais même sans l’adversité actuelle, il convient de lire ou relire ce sublime essai, véritable cours magistral de dialectique.

  1. Raymond Dumay choisit chaque mot avec soin. Le sens est évidemment limpide, cerné, identifié. Mais entrent aussi en ligne de compte son élégance, sa musicalité, sa charge représentative.
  2. Une fois retenu par le casting, ledit mot est mis en présence de ses congénères et là, l’auteur établit sa distribution pour que le jeu de rôles (enfin, de mots) entraîne un effet poétique ou drolatique.
  3. Dumay répartit alors ces clusters dans des phrases qui elles, sont forcément instructives et enrichissantes (pardon pour ce pléonasme). « Qu’il [le vin] s’avilisse, et c’en est fini de littérature, de l’art, de la fierté. La foi se porte en bouteille ».

Voilà, je viens de vous livrer le secret de fabrication de « La mort du vin ».

Sans la guerre, sans l’art et sans l’argent, le vin n’est rien

Reste la finalité de l’ouvrage. L’auteur constate que le vin ne vit jamais seul. Sans la guerre, sans l’art et sans l’argent, le vin n’est rien. Et, sous-entend-il, vice versa.

Signe signifiant "feuille de vigne" à Sumer (Le Vin dans l'Art, Glenat)

Et c’est parti ! Dès la première écriture cunéiforme sumère (3500 ans av. J.C., en Irak d’aujourd’hui), nous voilà happés dans le toboggan d’une brillante démonstration illustrant les rapports – tour à tour sensuels et cruels - entre les trois protagonistes (l’amour intervenant comme quatrième mousquetaire).

Un toboggan littéraire

On vrille, on tournicote, on rebondit entre histoire et géographie qui se renvoient la grappe. Bien que nous soyons très vie grisés (par la vitesse, bien sûr), nous voyons bien où pointe le compas : le premier collège œnologique européen, c’est à dire le Clos-de-Vougeot. C’est uniquement un hasard si l’auteur (1916-1999) est né et a vécu toute sa vie en Bourgogne. Le clos a le savoir-faire et le faire-savoir (les papes d’Avignon étaient ses ambassadeurs attitrés).
En ce qui concerne le rayonnement (qu’on appelle aujourd’hui distribution), on se passe fort bien des océans et des fleuves tranquilles : il suffit de jeter des via qui permettront aux soldats et au tonneaux de battre le pavé pour de lointaines conquêtes (aujourd’hui c. a. à l’export). On ne peut comprendre la guerre sans le vin ni le vin sans la guerre

Nous continuons de glisser, ébahis, sur notre toboggan. Oh ! Regarde à droite ! La belle couverture médiatique ! L’édit royal du 1er janvier 1600 bannit de la table d’Henri IV le vin d’Orléans, décrété poison. En revanche, le tout nouveau vin de champagne est particulièrement salubre. Un beau coup de l’attaché de presse qui portera le champagne au pinacle mettant hors d’état de luire le vin d’Orléans (aujourd’hui encore, on ne connaît que le vinaigre d’Orléans).

il faut faire du bon à partir du médiocre

Oh ! Regarde à gauche ! Comme il a l’air songeur, le monsieur ! "En gastronomie, rien de sérieux sans le secours de la pauvreté : il faut faire du bon à partir du médiocre". Le goût se nourrit de privations. Ou plus loin : "la guerre fait la différence entre les lâches et les braves, entre le général et le deuxième classe… Toute l’ambition du vin est d’accéder à ce degré d’inégalité et tous les moyens sont bons : climat, terrain, cépage, vinification, publicité… Les crus sont autant de grades…".

La fin d'une ère ? (Juan Gris, Bouteilles et Couteau)

Petit looping et nous voilà devant des considérations géostratégiques. Les « Rôles d’Oléron » (XIIIè siècle) furent le véritable code maritime destiné à assurer la libre circulation du vin en haute mer. Tous les grands souverains s’y plièrent. Puis, pour s’assurer que les règles édictées étaient bien respectées dans chaque port, on instaura des officines issues des états parties prenantes des Rôles d’Oléron. Les premiers consulats et les premières ambassades étaient nés.

Virage à droite : le Bourguignon se paye Bordeaux. Les crus bourgeois vont à la classe qui les produit. Encaustique et patins de feutre, plats mijotés et comptes exacts. On ne boit pas trop haut, avec le revenu de ses revenus. On achète au bon moment et on consomme à point.

Plus loin, cynique (car on a une thèse ou on en a pas) "On m’a parlé parfois de l’existence de vins paysans qui devraient leur existence aux seuls vignerons, mais je n’en ai jamais rencontré". Peut-être pas en Bourgogne, mais l’on connaît de par le monde des paysans qui ne céderaient pour rien au monde le produit de leur terroir.

"Hors ce qui est bon, il n’est rien qui soit objet d’amour". Platon décerne ainsi son oscar au vin dans le Banquet.

Virage suivant. Une bien sombre constatation : « Deux épidémies de paresse : l’agriculture et l’élevage, allaient rendre caduque la culture du goût et de l’odorat ». L’homme connaît une grande panne de sens. Il ne lui en reste que trois.

Nous continuons de dévaler notre toboggan. C’est maintenant Aristophane, dans l’Assemblée des Femmes : "En fait de mouton, égorgeons un pot de vin de Thasos, et jurons sur la coupe de ne point y mêler d’eau". Sombre présage pour ceux qui, tels les Mormons, ne reconnaissent que deux maîtres : Dieu et l’argent ; ils ne connaîtrons jamais l’art. Un chèque à côté d’un verre d’eau, cela ne suffit pas à motiver l'artiste.
Quant à la morale, il suffit de citer l’historien d’art Elie Faure : « Les éclipses de l’art coïncident avec l’apparition de la morale ». Mais tout était dit dans la « bible » sumérienne l’Epopée de Gilgamesh pour laquelle les boissons fermentées marquent le début de la civilisation. Nous avons besoin de vin parce qu’il fertilise la plus féconde de nos zones d’ombre : la générosité.

Et nous finirons notre glissade en rétorquant à ceux qui s’acharnent frénétiquement sur le vin que les preuves de son utilité sont aussi ridicules que celles de l’existence de Dieu.

Jean-Pierre JUMEZ

Raymond Dumay, La mort du vin – La Table Ronde – 8,5 euros en France Métropolitaine.

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